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mardi 15 mars 2011

Chi-rish

À Lincoln Park, quelque chose a changé. Le lac est plus bavard, comme excité. Les berges sont baveuses d’algues vertes. Le brouhaha des vagues ponctué de quelques cris de goélands revenus du Sud. Comme cette oie bernache aperçue, de la fenêtre du bus, juchée sur un tas de neige noircie au milieu d’un terrain vague avec l’air de se demander ce qu’elle foutait là. Pas l’ombre d’un brun d’herbe encore.

Mais Chicago se met au vert pour souligner la Saint-Patrick. Tradition vigoureuse ici, comme la communauté irlandaise surnommée « chi-rish ». Samedi, tous les Chicagolais étaient irlandais. On porte du vert, on se teint les cheveux en vert, on boit de la bière verte, comme l’eau de la rivière Chicago elle aussi teinte en vert fluo – pas très écolo et d’ailleurs les « bacs verts » brillent par leur absence...

Tiens, justement, j’ai envie de partager avec vous quelques nouvelles de la Cité des vents. D’abord, petit retour sur les élections à la mairie de Chicago, que j’avais complètement zappées puisque elles avaient lieu le jour de mon départ pour Montréal, le 22 février dernier. Sans surprise, c’est Rahm Emanuel, l’ex-bras droit de Barack Obama à la Maison Blanche, qui a remporté la course, bénéficiant d’une large victoire (55%) malgré un nombre record de candidats et une campagne semée d’embûches. Dans deux mois exactement, c’est une page de l’histoire politique de Chicago qui se tournera, alors que la dynastie Daley (père et fils) rendra les clés de la ville après un demi-siècle de règne presque sans partage.

Autre nouvelle notable annoncée la semaine dernière : l’abolition de la peine de mort dans l’Illinois par le gouverneur démocrate Pat Quinn, et ce, malgré son préjugé (avoué) plutôt défavorable à cet abolition : il a toutefois estimé que « l'exécution d'innocents [...] hypothèque la légitimité même du gouvernement » et que par conséquent, elle ne pouvait être tolérée. L’Illinois devient ainsi le 16e État américain à abolir la peine de mort et je dois dire que j’en suis assez fier. J’ai une pensée pour ces hommes et ces femmes qui à partir d’aujourd’hui ne se demanderont plus tous les jours s’ils mourront demain. Il faut savoir que lorsque plus de 50% des États (c’est-à-dire 26) auront pris la même disposition, la peine de mort pourra être considérée inconstitutionnelle aux États-Unis en vertu du 8e amendement.

Chicago s’est aussi retrouvée dans l’actualité récemment parce que c’est ici que plusieurs parmi les 14 sénateurs démocrates du Wisconsin ont trouvé refuge durant près de 3 semaines, pour tenter d’empêcher (par défaut de quorum) le vote d’une loi extrêmement controversée. Celle-ci a d’ailleurs déclenché un mouvement de mobilisation monstre jamais vu aux États-Unis depuis les manifestations contre la Guerre du Vietnam (100 000 personnes dans les rues de Madison, samedi). Finalement les Républicains ont trouvé une façon de contourner l’obstacle et réussi à faire passer la loi, qui prive notamment les fonctionnaires du droit de négocier une convention collective. Déjà, cette offensive contre les syndicats de la fonction publique fait tache d’huile dans les nombreux autres États dont se sont emparés les Républicains en novembre dernier, et, ce qui se profile derrière, c’est une stratégie pour priver le Parti démocrate d’un allié majeur qui contribue massivement à ses caisses électorales.

Sur une note plus légère, l’une des universités les plus prestigieuses de Chicago, Northwestern (voir Recyclage), a fait parler d’elle récemment, et c’est en écoutant Le Forum du Mouv’ (émission de radio française) via Internet que j’ai appris l’anecdote qui fait scandale : un prof de sexologie a invité un couple à faire une démonstration « live » d'un gadget sexuel hardcore, avec orgasme sur la scène de l’amphi ! Le prof invoque sa liberté académique. Bref, on ne s’ennuie pas à Chicago.

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jeudi 11 novembre 2010

French in Chicago

La journée avait plutôt mal commencé. Le service informatique de l’université a suspendu mon accès Internet sur le campus parce qu’un de mes ordinateurs a chopé un ver en se baladant tout nu sur le réseau. C’est le genre de service totalitaire qui ne communique avec les usagers que par « ticket » . J’ai donc été puni et condamné au purgatoire jusqu’à nouvel ordre à moins de faire une longue liste de « devoirs ». Dont je me suis dispensé par la rhétorique, heureusement, en leur disant ce qu’ils voulaient entendre.

Entre temps, j’ai accepté l’invitation de S. à l’accompagner dans une activité sportive dirigée. S. est un doctorant italien en physique ou chimie, je ne sais plus, chez qui j’avais passé une soirée très conviviale en septembre à brasser de la bière en compagnie de collègues du département et d’une petite bande cosmopolite de joyeux drilles. S. fait du karaté et c'est l’archétype du playboy italien. Corps d’Appollon, regard ténébreux et sourire irrésistible, c’est aussi un animal social : il lui faut engeôler et relier les gens entre eux. Le mardi, habituellement, je vais à la piscine, mais ils ont coupé l’eau chaude après avoir découvert une fuite (ça me rappelle un certain centre sportif de l’Université de Montréal...). Alors je me suis joint à S. et à deux douzaines d’autres masochistes pour un « ab-lab » (littéralement : clinique d’abdos) d’une demi-heure, suivi d’une heure de muscu à deux. Petite parenthèse : la muscu (ou le « gym ») est une sorte de culture sans frontières (c’est vrai du moins pour l’Amérique du Nord), un code qui permet aux gars de « socialiser » entre eux en s’échangeant des politesses (« Can we switch ? », « Can you spot me ? »...), ou en se donnant trucs et conseils.

Après avoir bien sué sans pouvoir prendre de douche, j’ai pris l’autobus avec l’intention de me rendre directement chez moi. J’ai bien feuilleté un peu le programme du festival du film gay de Chicago qui bat son plein, mais je ne sais pas, j’y étais déjà allé la veille et les films projetés ce soir-là ne m’emballaient pas trop. Je n’ai pas vu que mon voisin  colombien, J., se trouvait presque en face de moi (j’étais assis sur ces sièges amovibles, à l’avant, qui font face aux fenêtres et qu’on peut donc rabattre pour libérer l’espace pour une chaise roulante). J’étais un peu gêné à l’idée que le jeune homme à côté de moi, le visage à moitié dissimulé par la capuche de son sweat-shirt gris mais que je sentais curieux, se rende compte que je m’intéressais au cinéma queer. Puis j’ai remarqué qu’il tenait dans ses mains un livre en français. Et pas n’importe lequel : L'Existentialisme et la sagesse des nations de Simone de Beauvoir. Une rapide analyse m’a mené à la conclusion qu’il ne pouvait s’agir que d’un Français venu faire ses études à Chicago. Est-ce le fait qu’il était seul et silencieux ou qu’il était mignon qui m’a poussé à engager la conversation ? Et à surmonter ainsi ma répulsion à parler aux Français que je croise ici ? Car je dois vous confesser quelque chose. J’entends régulièrement parler français dans les magasins de Lakeview et des environs : chez Walgreens’, à Treasure Island Foods, chez Target, et même chez Brown Elephant. Et je sais à leur accent qu’il s’agit de Français, et de Français installés ici, à voir ce qu’ils achètent. Comme ce couple qui avait déniché une jolie lampe chez Brown Elephant (voir : Installation). Et à chaque fois, un truc bizarre se produit : je bloque. Je me réfugie dans le mutisme. Comme si j’avais un peu honte d’eux. Comme si je n’avais surtout pas envie de fraterniser avec des gens parce qu’ils sont français. Je jouis aussi du plaisir de les écouter parler sans se douter qu’ils sont compris. Tout cela est d’autant plus étrange qu’à Montréal je parlais volontiers à mes compatriotes, surtout quand je comprenais qu’ils étaient fraîchement débarqués. Peut-être parce que j’avais beau jeu alors de leur montrer que moi, j’étais devenu local. Ou simplement par solidarité, pour le plaisir de renseigner. Mais à Chicago, on dirait que je les boudais. Alors que j’aurais volontiers parlé à des Québécois. Mais voilà, à part A., que je connais par l’université, point de Québécois. Ou du moins il ne courent pas les rues – contrairement aux Français, apparemment.

Je reviens à mon voisin de bus, à qui j’ai très gauchement articulé : « Are you French ? ». Et il alors il arrive une chose très étrange. Il me répond d’abord en anglais (avec un impeccable accent américain) que oui, il est français, alors je lui dis « Tu es français ? » et il répond « Oui, je suis français » mais avec encore un accent à couper au couteau. Et puis comme par magie l’accent s’évanouit dès la phrase suivante. On échange quelques mots et j’apprends qu’il est breton, étudiant en master de philo politique dans la même université que moi et qu’on a nos bureaux dans le même pavillon. Cela fait deux ans qu’il vit à Chicago, et auparavant, il a fait son premier cycle à Montréal... Petit monde.  Et puis il enchaîne en me demandant si je vais « à la soirée des Français ». Voyant mon air ahuri il m’explique, tout en se roulant une clope, que c’est là qu’il va, à une soirée organisée par l’association « Paris in Chicago », qui a lieu tous les 2e mardis du mois dans un endroit différent. Il pensait que c’était la raison de ma présence dans ce bus. Ce soir-là, ça se passe au café « Paris in Chicago », sur Halsted, dans Boystown, tout près de chez moi! Je lui demande si c’est un peu comme l’Alliance Française à Montréal (entendant par là vieille France guindée nostalgique du temps des colonies) mais il m’assure que non. Et qu’il ne manque pas une soirée. Sans plus hésiter je lui dis que oui, tout compte fait j’y vais, puisque c’est sur mon chemin. Et pendant le reste du trajet on a discuté des Français de Chicago (selon lui il y aurait « trois principaux groupes de Français » avec des ponts entre eux), mais aussi des Québécois et il n’est pas tendre. À ses yeux, les Québécois sont les meilleures personnes qu’on puisse rencontrer à l’étranger, mais chez eux, il sont haïssables. (Les Français, eux, sont haïssables partout ;-))

On arrive donc à « Paris in Chicago », qui fait plutôt penser à une cave de St-Germain-des-Prés. Une pièce carrée pas très grande où s’entasse une foule assez jeune et métissée. Il n’y a pas que des Français, mais aussi des francophones et francophiles de tout poil. L’ambiance est très bon enfant et conviviale. Pas de clans mais de petits cercles qui se forment et se défont au gré des conversations. Contre 12 $, on vous remet des coupons pour deux verres de vin et une entrée, une part de quiche ou un croque-monsieur au choix. Une américaine au teint mat dont c’est aussi la première fois m’accoste et me demande pourquoi les Français sont toujours en colère et si ça a un rapport avec le socialisme. Je m’esclaffe et lui réponds que c’est dans leur culture. Je dis que je suis aussi Canadien. Que je viens de Montréal. On en doute à mon accent. On me présente LE Québécois de la gang, D., un bleuet du Saguenay en poste ici depuis douze ans dans une grosse compagnie. Il se sent un peu seul comme Québécois. Alors même si je ne suis pas « pure laine », il m’adopte et me promet de me faire découvrir le meilleur comptoir de hots-dogs en ville. Le merlot descend bien. La quiche aussi, servie par le proprio du lieu, un Français, of course. On tire des prix de présence. Le tee-shirt d’un tournoi de foot organisé pendant la dernière Coupe du Monde. Un drapeau français grand format. Deux mecs entonnent la Marseillaise, mais sans trouver d’écho. J’explique à J., un traducteur-interprète qui a vécu à Paris, la signification du mot « abreuver » ; comme dans : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Il s’étonne. Je lui explique le contexte. Et que les gens aujourd’hui ont du mal à s’identifier à ces paroles. Il me demande si je préfère chanter l’hymne canadien. Je ne sais que répondre mais peu importe, il enchaîne en me disant que j’ai bien fait de venir seul à Chicago, que c’est la meilleure façon de s’intégrer parce qu’on est obligé de créer de nouveaux liens. Le temps file et déjà il faut se quitter, avec la promesse de se revoir.

vendredi 5 novembre 2010

Obama

Je vous avais dit que j’espérais une visite de Barack Obama dans le cadre de la course à la mairie de Chicago, mais la récente campagne électorale de mi-mandat lui en a fourni une occasion plus pressante. Samedi dernier, il est donc venu exhorter ses électeurs démocrates à aller voter, dans le cadre d’un événement organisé dans le parc « Midway Plaisance » bordant le campus de l’Université de Chicago, au Sud. J’ai eu vent de ce rassemblement appelé « rally » par une affichette épinglée sur un babillard près de la cafétéria du pavillon où je travaille.

Après avoir beaucoup tergiversé (j’avais pas mal de travail à faire ce week-end), j’ai fini par comprendre que je ne pouvais tout simplement pas être venu vivre à Chicago et manquer cette visite d’Obama dans sa « home town », a fortiori à ce moment critique de sa présidence, alors que le parti démocrate se préparait à un revers historique, et que cette sanction anticipée (et confirmée depuis) lui était directement imputée. Qui plus est, j’ai su que c’était la première fois qu’il s’adressait ainsi aux habitants de Chicago depuis la soirée historique de son élection il y a deux ans. Certes, j’ai manqué son investiture – sa consécration – mais il me semble que c’est dans les moments difficiles aussi que l’appui est nécessaire.

Et puis il y avait l’intérêt culturel, presque anthropologique, pour ce phénomène des grands rassemblements politiques aux États-Unis, et plus particulièrement autour de figures charismatiques. C’est une chose de le voir à la télé, c’en est une autre de le vivre sur place.

On nous avait prévenus d’éviter les sacs, les ordinateurs portables, etc., car nous aurions à subir des fouilles similaires à celles des aéroports. J’étais conscient du danger relatif que présente un tel événement. J’ai d’ailleurs un peu hésité à en parler au téléphone avec ma mère, alors hospitalisée. Elle était au courant des deux colis piégés interceptés avant qu’ils ne soient livrés à des synagogues de Chicago. Et personne ne doute qu’il y ait un lien avec Obama, peut-être même avec sa visite programmée, quoique relativement peu ou mal publicisée. Ce qui explique d’ailleurs peut-être en partie l’affluence visiblement moindre (environ 20 000 personnes) que celle escomptée par les organisateurs, si je me fie à l’espace inutilisé dans le périmètre aménagé pour accueillir la foule. Après tout, quelques jours avant lors de l’étape du même « rally » à Los Angeles, 35 000 personnes s’étaient déplacées.

Les « événements » gratuits ont un prix ; le temps qu’il faut sacrifier pour arriver suffisamment tôt pour espérer être pas trop mal placé. À cela s’ajoute les conditions parfois pénibles de l’attente, d’autant plus quand vous êtes seul, que personne ne peut vous « garder » votre place pendant que vous allez vous restaurer (lorsque c’est possible) ou soulager un besoin naturel. En ce sens, les manifestations de ce genre relèvent vraiment de la logique du don et du contre-don : le don de soi (de sa présence) dépasse parfois le sacrifice que l’on ferait en achetant un billet.

C’est donc presque à reculons, un peu découragé par le désistement et le témoignage d’A. qui m’avait dit avoir passé la nuit à faire la queue à Washington à la veille de l’investiture d’Obama, que je me suis lancé dans l’aventure, armé seulement de mon iPod avec l’itinéraire « pré-chargé » dedans. Et j’ai pu vérifier les dires d’une doctorante venue d’ailleurs comme moi, qui m’avait confié trouver Chicago décourageante par son immensité, par le fait que rien n’est à moins de 45 minutes, voire une heure de trajet. Durée prévue par Google du parcours en transport en commun de chez moi à l’Université de Chicago : 1h15!  Évidemment j’ai trouvé le moyen de me tromper, ne réalisant pas que la ligne verte se divise en deux branches au Sud. Et par malchance je n’étais pas dans le bon train. Et le temps de réaliser mon erreur, j’étais déjà à Perpète-les-Oies, dans un quartier complètement paumé. Pas de taxi. Une population 100% afro-américaine. Étrange comme on peut se sentir complètement dépaysé sans même avoir changé de ville. J’ai repensé alors à ce que m’avait déjà dit S. quand il m’a accueilli à Chicago : je n’ai rien à faire dans les quartiers du Sud et de l’Ouest, ce n’est pas ma place et je m’en apercevrai très vite. Ditto. Ou encore que Chicago est « patchy », c’est-à-dire que les quartiers sûrs voisinent avec les moins recommandables. Ce qui est le cas de l’Université de Chicago, enclave bourgeoise et élitiste au milieu de quartiers défavorisés – cette situation fut d’ailleurs propice à la naissance de la fameuse « école de Chicago » de sociologie.

Bref, j’ai fini par arriver à bon port et, curieusement, à rattraper mon retard simplement en arrivant par un autre chemin que celui que tout le monde prenait (merci Google!). Et comme j’étais seul, je me suis facilement inséré dans la file d’attente, sans doute grâce à la bonhomie des militants démocrates, qui ont fermé les yeux sur mon toupet.



À partir de là, tout s’est passé merveilleusement dans une ambiance euphorisante. J’appréhendais une atmosphère paranoïaque, des flics sur les dents. Il n’en fut rien. Impressionnants sur leur monture, les policiers à cheval se laissaient photographier complaisamment. Même les « men in black » avec leurs lunettes à la Keanu Reeves dans Matrix avaient le sourire aux lèvres. La foule elle-même m’a surpris par sa diversité : des jeunes, des vieux, des blancs, des noirs et des latinos, des étudiants, des chômeurs et des cadres avec Blackberry, bref, un joyeux mélange bariolé, d’autant plus que certains avaient déjà revêtu leur déguisement d’Halloween. Ajoutez à cela les artistes et les VIP invitées pour chauffer la foule : des musiciens, comme le rappeur Common, et des politiciens, en fait toutes les huiles démocrates du coin : le maire sortant Richard Daley, le candidat au poste de sénateur (défait), le gouverneur de l’Illinois, Pat Quinn, candidat à sa propre succession (et réélu d’extrême justesse), etc. Ce dernier nous a même exhortés à utiliser notre portable pour appeler chacun 5 électeurs dont on nous avait distribué les coordonnées, dans un blitz d’appels pour inciter les gens à voter démocrate... Enfin il est arrivé, avec son perpétuel sourire d’enfant candide. Et la magie a opéré. La foule a scandé son nom et puis a fait silence, un silence impressonnant pendant son discours. Vous ai-je dit qu’il ne m’est jamais venu à l’idée de me déplacer pour aller voir et entendre Mitterrand ou Chirac, encore moins Jean Chrétien ou Bernard Landry ? Mais lui, c’est différent. Je suis peut-être aveuglé par son charme, peut-être que je sourirai plus tard de ma naïveté. Je ne cherche pas trop à analyser mais de me trouver là, à cinquante mètres de lui, et l’entendre me parler, je dois l’avouer, j’en ai frissonné d’émotion. Car je l’admire et je me sentais privilégié d’être là. De vivre ce moment. Je nourris sans doute, comme tant de ces hommes et femmes afro-américains autour de moi dont les yeux brillaient de fierté, beaucoup trop d’espoirs envers cet homme qui dispose de si peu de temps pour tenter d’infléchir le cours de l’Histoire ; mais je ne peux m’empêcher de voir en lui un Hadrien du XXIe siècle. Un humaniste, un sage qui apportera peut-être un sursaut de paix et de stabilité dans un empire-monde au bord du chaos. 

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