Affichage des articles dont le libellé est métro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est métro. Afficher tous les articles

lundi 4 avril 2011

Revenir

Il y eut un aller et il y eut un retour. Assis face à l’immense baie vitrée, je cligne des yeux en contemplant le tarmac de l’aéroport de Toronto, réfléchissant un généreux soleil d’avril. Au loin, l’aiguille de la tour du CN se dresse dans le smog. Entre ici et là-bas, on dirait qu’il n’y a rien. Pour la première fois depuis des lustres j’ai ressenti cette vague angoisse en quittant le sol montréalais sans savoir quand je pourrais y revenir pour de bon, ce qui est passé à un cheveux d’être imminent. Il y a un nom pour ce pincement au ventre : la mélancolie de l’exil.

À part cela, rien à signaler ; les avions Bombardier CRA/CRJ de 50 places d’Air Canada n’ont plus de secret pour moi. Je demande toujours un siège dans la rangée D, à droite du couloir, et si je ne l’obtiens pas, j’embarque dans les derniers pour choisir une place libre où j’aurai deux sièges pour moi tout seul. Sitôt installé je démarre le système vidéo pour que la page de publicité imposée soit déjà passée quand, une fois les consignes de sécurité diffusées, le système se réinitialisera. Absorbé dans Le Discours du roi en v.o., je néglige de regarder le skyline de Chicago passer sur ma gauche, en arrivant du lac, comme ces avions que je regarde passer au Nord et qui semblent si proches, assis sur les gradins de ciment, face au lac infini.

Quand on débarque au terminal 2 de l'aéroport O'Hare, on a presque l’impression d’être au « terminus Voyageur », la gare routière de Montréal. Les gens attendent le prochain avion. Pas de douane (on l’a déjà franchie au Canada, petite incongruité qui en dit long sur l’inféodation de ce pays à son puissant voisin). On descend un escalator, la valise nous attend déjà. Un autre escalator et on se retrouve dans un long corridor qui aboutit à la station de métro. De chaque côté, deux tapis roulants à l’arrêt, dont l’accès est condamné et sur lesquels, le matin, on trouve des sans-abri encore endormis. À quelques pas de là, l’entrée du Hilton.

Dans le métro en face de moi un mec au look gangsta, avec des lunettes de soleil Ray-Ban, fredonne dans son cellulaire. Il fait encore clair quand je descends à la station Addison-Blue. L'air est doux. Ça sent le printemps. Un panneau indique que le stade des Cubs, Wrigley Field, se trouve à 3 miles vers l’Est. En marchant, je mettrais une bonne heure pour me rendre chez moi.

mardi 15 février 2011

Taxi, suivez ce bus!

Je suis un peu à la course. Je ne veux pas manquer un séminaire qui s’annonce très intéressant. Le conférencier arrive tout spécialement du Massachusetts et a dû affronter toutes sortes de difficultés à cause de la tempête. C’est donc le cas de le dire : il est venu, contre vents et marées. Raison de plus, si j’ose dire, pour l’honorer de ma présence. En montant dans le bus, je lui demande si la circulation est encore ralentie par la neige. Il me répond qu’elle est  « smooth ». Je profite du trajet pour écrire un billet pour ce blog. Cette fois, c’est le récit de la tempête. Mes photos, prises et triées la veille, sont prêtes à mettre en ligne. Mais au cas où, les autres sont sur la carte-mémoire, laquelle est insérée dans l’ordinateur.

Absorbé, je ne vois pas le temps passer. Mon texte est presque terminé quand j’aperçois l’enseigne bleue du métro, la station qui dessert le campus Est de l’université. C’est là que je descends habituellement, même si cela me rallonge un peu car le bus s’arrête ensuite à l’entrée du campus. Je préfère en effet traverser le parc qui sépare l’université de l’autoroute, couper à travers champ, et profiter ainsi des rayons du soleil de l’après-midi, autrement arrêtés par les bâtiments du campus. Et au final, je gagne du temps, car le bus est souvent arrêté au feu rouge, ou retardé par le chargement et le déchargement de passagers prenant ou arrivant du métro. Toutefois, cette fois j’ai un soupçon d’hésitation. À deux moments. D’abord au moment de me lever de mon siège, car je me dis : à quoi bon me précipiter pour m’habiller, de toute façon, il y a sûrement trop de neige pour couper à travers le parc. Mais comme je sens que ça va traîner et que je ne veux pas arriver en retard, je décide quand même de descendre à cet arrêt. Je me dépêche donc de zipper mon manteau, j’enfile mon sac de sport sur les épaules, et finalement je prends le sac que je porte en bandoulière, et qui contient mes dossiers et mon netbook. Dehors, le soleil est éclatant et réchauffe. Là, j’ai une deuxième hésitation alors que le bus est encore à l’arrêt. Ai-je bien mes gants ? Ma tuque ? Oui. Je me lance alors dans la traversée du champ de neige. C’est plutôt facile, je n’ai qu’à mettre mes bottes dans les traces qui m’ont précédé. Je me dis que je prendrais bien quelques photos des gratte-ciel du centre-ville, avec la neige au premier plan, mais je n’ai pas le temps.

Trois, peut-être quatre minutes se sont écoulées quand j’arrive à la jonction du sentier improvisé et de la rue longeant l’université. C’est là que je réalise que mon sac est trop léger. Même pas besoin de l’ouvrir : je tâte, et ma crainte est confirmée. Mon sang ne fait qu’un tour, mais ma première réaction est de me dire que c’est cuit, qu’il n’y a plus rien à faire, qu’à me rendre à ma conférence. Mais non, dans un accès de pensée magique, je fais demi-tour et décide de me rendre (en courant) à l’arrêt de bus où, c’est maintenant une certitude, j’aurais dû descendre. Le bus a bien évidemment déjà disparu au loin. Sur la borne de l’arrêt de bus est indiqué le numéro de la CTA. J’appelle. Je rêve vaguement qu’ils appellent le chauffeur de mon bus par radio... Et je me dis qu’au moins, ils me diront la marche à suivre. Évidemment je rêve en couleur. Le numéro de la CTA sonne dans le vide.

C’est alors qu’une autre idée un peu folle me passe par la tête. J’aperçois un taxi qui attend que le feu passe au vert à l’intersection, je lui fais signe, je monte, et je lui explique que je cherche à rattraper le bus qui vient de partir. Et nous voilà lancés à sa poursuite. Mais comme il n’y a qu’une voie, impossible de dépasser, impossible donc de rattraper ledit bus, qu’on finit par deviner, au loin, nous fuyant tel un mirage dans le désert. Et puis une voiture de police se retrouve derrière nous. Si bien que pendant un long moment, mon chauffeur respecte scrupuleusement les limites de vitesse, ne passe pas quand le feu vire à l’orange, etc. Je perds de vue le bus. Je n’ai aucune idée du chemin qu’il reste encore à parcourir jusqu’au terminus, mais l’on voit toujours les arrêts s’égrener avec le numéro de ma ligne (8-Halsted). Je me dis qu’à chaque arrêt, mes chances de retrouver mon netbook diminuent exponentiellement. Mais seule chance est que le passager qui l’a trouvé l’ait remis au chauffeur.

Craignant que le bus termine sa « run » avant qu’on ne l’ait rattrapé et ne soit déjà reparti en sens inverse, je dévisage les chauffeurs des bus que l’on croise, essayant d’identifier le mien. Toujours pas de bus devant. Presque plus de voitures non plus. Nous sommes maintenant dans le Southside, les bâtiments sont plus épars, plus industriels. Les piétons plus rares. Les arrêts de bus déserts. Le chauffeur m’explique qu’en bout de ligne, le bus n’ayant presque plus de passagers, il doit filer à vive allure et qu’il a dû prendre de l’avance sur nous. Mais comme la police ne nous suit plus, il me promet d’aller plus vite et m’assure qu’on va le rattraper. Et finalement le voilà. On s’arrête derrière lui au feu rouge. Je dis au chauffeur de taxi de m’attendre et me précipite dans le bus, pour constater que quelque chose ne va pas. Ce n’est pas le bon chauffeur. Ce n’est pas le bon bus non plus (la disposition des sièges est différente). Très gentiment, le chauffeur, afro-américain comme la plupart des chauffeurs de cette ligne, m’explique que j’ai dû dépasser le bus en question, car à un point du parcours, il s’écarte momentanément de la rue Halsted pour se rendre à une station de métro sur la ligne orange. Il me donne aussi le numéro de l’un des deux garages où les chauffeurs de cette ligne déposent les objets trouvés quand ils ont fini leur service. Il me dit de l’appeler pour avoir le numéro de l’autre.

Je retourne à mon taxi. Le compteur indique déjà 15$. Les taxis sont vraiment bon marché à Chicago, mais je préfère arrêter les frais et prendre le bus que je vois approcher pour retourner à l’université. Il m’en aura coûté 20$ avec le pourboire, que j’ai voulu généreux. Dans le bus du retour j’ai appelé les deux garages en question. On m’a dit de rappeler en fin de journée. Je suis arrivé à temps pour assister à la fin du séminaire. Mais j’étais ailleurs, tétanisé. Je n’ai évidemment jamais eu de nouvelles de l’ordinateur, qui affiche pourtant mon nom lorsqu’on l’ouvre. Ce qui m’a fait le plus de peine, c’est finalement la perte de toutes les photos que j’ai prises depuis mon arrivée à Chicago. Les seules qui me restent sont celles qui illustrent ce blog.

mercredi 8 décembre 2010

Chilly City

La windy city par -10° ça devient la chilly city ! C’était sympa en été d’attendre le bus ou le train tout en surfant sur le Net (sur mon iPod ou sur mon netbook), mais quand on se gèle les mains c’est un peu moins le fun. Et un petit détail m’avait échappé... Quand on attend le métro à Montréal (et on peut l’attendre longtemps!), au moins on est au chaud. Tandis qu’à part quelques stations enterrées au cente-ville, la plupart des stations du « L » sont évidemment en plein air, puisqu’il s’agit d’un métro aérien, comme son nom l’indique! (voir Transport en commun). Je vais donc devoir mieux planifier mes retours de l’université, car attendre le bus pendant 25 min par un froid glacial, no more, please!

vendredi 5 novembre 2010

Obama

Je vous avais dit que j’espérais une visite de Barack Obama dans le cadre de la course à la mairie de Chicago, mais la récente campagne électorale de mi-mandat lui en a fourni une occasion plus pressante. Samedi dernier, il est donc venu exhorter ses électeurs démocrates à aller voter, dans le cadre d’un événement organisé dans le parc « Midway Plaisance » bordant le campus de l’Université de Chicago, au Sud. J’ai eu vent de ce rassemblement appelé « rally » par une affichette épinglée sur un babillard près de la cafétéria du pavillon où je travaille.

Après avoir beaucoup tergiversé (j’avais pas mal de travail à faire ce week-end), j’ai fini par comprendre que je ne pouvais tout simplement pas être venu vivre à Chicago et manquer cette visite d’Obama dans sa « home town », a fortiori à ce moment critique de sa présidence, alors que le parti démocrate se préparait à un revers historique, et que cette sanction anticipée (et confirmée depuis) lui était directement imputée. Qui plus est, j’ai su que c’était la première fois qu’il s’adressait ainsi aux habitants de Chicago depuis la soirée historique de son élection il y a deux ans. Certes, j’ai manqué son investiture – sa consécration – mais il me semble que c’est dans les moments difficiles aussi que l’appui est nécessaire.

Et puis il y avait l’intérêt culturel, presque anthropologique, pour ce phénomène des grands rassemblements politiques aux États-Unis, et plus particulièrement autour de figures charismatiques. C’est une chose de le voir à la télé, c’en est une autre de le vivre sur place.

On nous avait prévenus d’éviter les sacs, les ordinateurs portables, etc., car nous aurions à subir des fouilles similaires à celles des aéroports. J’étais conscient du danger relatif que présente un tel événement. J’ai d’ailleurs un peu hésité à en parler au téléphone avec ma mère, alors hospitalisée. Elle était au courant des deux colis piégés interceptés avant qu’ils ne soient livrés à des synagogues de Chicago. Et personne ne doute qu’il y ait un lien avec Obama, peut-être même avec sa visite programmée, quoique relativement peu ou mal publicisée. Ce qui explique d’ailleurs peut-être en partie l’affluence visiblement moindre (environ 20 000 personnes) que celle escomptée par les organisateurs, si je me fie à l’espace inutilisé dans le périmètre aménagé pour accueillir la foule. Après tout, quelques jours avant lors de l’étape du même « rally » à Los Angeles, 35 000 personnes s’étaient déplacées.

Les « événements » gratuits ont un prix ; le temps qu’il faut sacrifier pour arriver suffisamment tôt pour espérer être pas trop mal placé. À cela s’ajoute les conditions parfois pénibles de l’attente, d’autant plus quand vous êtes seul, que personne ne peut vous « garder » votre place pendant que vous allez vous restaurer (lorsque c’est possible) ou soulager un besoin naturel. En ce sens, les manifestations de ce genre relèvent vraiment de la logique du don et du contre-don : le don de soi (de sa présence) dépasse parfois le sacrifice que l’on ferait en achetant un billet.

C’est donc presque à reculons, un peu découragé par le désistement et le témoignage d’A. qui m’avait dit avoir passé la nuit à faire la queue à Washington à la veille de l’investiture d’Obama, que je me suis lancé dans l’aventure, armé seulement de mon iPod avec l’itinéraire « pré-chargé » dedans. Et j’ai pu vérifier les dires d’une doctorante venue d’ailleurs comme moi, qui m’avait confié trouver Chicago décourageante par son immensité, par le fait que rien n’est à moins de 45 minutes, voire une heure de trajet. Durée prévue par Google du parcours en transport en commun de chez moi à l’Université de Chicago : 1h15!  Évidemment j’ai trouvé le moyen de me tromper, ne réalisant pas que la ligne verte se divise en deux branches au Sud. Et par malchance je n’étais pas dans le bon train. Et le temps de réaliser mon erreur, j’étais déjà à Perpète-les-Oies, dans un quartier complètement paumé. Pas de taxi. Une population 100% afro-américaine. Étrange comme on peut se sentir complètement dépaysé sans même avoir changé de ville. J’ai repensé alors à ce que m’avait déjà dit S. quand il m’a accueilli à Chicago : je n’ai rien à faire dans les quartiers du Sud et de l’Ouest, ce n’est pas ma place et je m’en apercevrai très vite. Ditto. Ou encore que Chicago est « patchy », c’est-à-dire que les quartiers sûrs voisinent avec les moins recommandables. Ce qui est le cas de l’Université de Chicago, enclave bourgeoise et élitiste au milieu de quartiers défavorisés – cette situation fut d’ailleurs propice à la naissance de la fameuse « école de Chicago » de sociologie.

Bref, j’ai fini par arriver à bon port et, curieusement, à rattraper mon retard simplement en arrivant par un autre chemin que celui que tout le monde prenait (merci Google!). Et comme j’étais seul, je me suis facilement inséré dans la file d’attente, sans doute grâce à la bonhomie des militants démocrates, qui ont fermé les yeux sur mon toupet.



À partir de là, tout s’est passé merveilleusement dans une ambiance euphorisante. J’appréhendais une atmosphère paranoïaque, des flics sur les dents. Il n’en fut rien. Impressionnants sur leur monture, les policiers à cheval se laissaient photographier complaisamment. Même les « men in black » avec leurs lunettes à la Keanu Reeves dans Matrix avaient le sourire aux lèvres. La foule elle-même m’a surpris par sa diversité : des jeunes, des vieux, des blancs, des noirs et des latinos, des étudiants, des chômeurs et des cadres avec Blackberry, bref, un joyeux mélange bariolé, d’autant plus que certains avaient déjà revêtu leur déguisement d’Halloween. Ajoutez à cela les artistes et les VIP invitées pour chauffer la foule : des musiciens, comme le rappeur Common, et des politiciens, en fait toutes les huiles démocrates du coin : le maire sortant Richard Daley, le candidat au poste de sénateur (défait), le gouverneur de l’Illinois, Pat Quinn, candidat à sa propre succession (et réélu d’extrême justesse), etc. Ce dernier nous a même exhortés à utiliser notre portable pour appeler chacun 5 électeurs dont on nous avait distribué les coordonnées, dans un blitz d’appels pour inciter les gens à voter démocrate... Enfin il est arrivé, avec son perpétuel sourire d’enfant candide. Et la magie a opéré. La foule a scandé son nom et puis a fait silence, un silence impressonnant pendant son discours. Vous ai-je dit qu’il ne m’est jamais venu à l’idée de me déplacer pour aller voir et entendre Mitterrand ou Chirac, encore moins Jean Chrétien ou Bernard Landry ? Mais lui, c’est différent. Je suis peut-être aveuglé par son charme, peut-être que je sourirai plus tard de ma naïveté. Je ne cherche pas trop à analyser mais de me trouver là, à cinquante mètres de lui, et l’entendre me parler, je dois l’avouer, j’en ai frissonné d’émotion. Car je l’admire et je me sentais privilégié d’être là. De vivre ce moment. Je nourris sans doute, comme tant de ces hommes et femmes afro-américains autour de moi dont les yeux brillaient de fierté, beaucoup trop d’espoirs envers cet homme qui dispose de si peu de temps pour tenter d’infléchir le cours de l’Histoire ; mais je ne peux m’empêcher de voir en lui un Hadrien du XXIe siècle. Un humaniste, un sage qui apportera peut-être un sursaut de paix et de stabilité dans un empire-monde au bord du chaos. 

 images
 associées


mercredi 29 septembre 2010

Transport en commun

Je suis dans le bus, en tête de ligne (ligne 8 ‘Halsted’ direction Sud). Le bus est à l’arrêt, le moteur tourne, la clim aussi (heureusement car la douceur est revenue et je suis habillé trop chaudement). Quelques clients sont déjà assis et attendent comme moi le retour du chauffeur et le départ du bus. Bien sûr j’ai présenté ma carte « RFID » au lecteur : 2$ sont débités à mon compte. Cela fait longtemps que je ne triche plus dans les transports en commun, et puis il y a toujours le risque de se faire contrôler. Le chauffeur, ou plutôt la chauffeure arrive, tenant à la main ce qui doit être un repas à emporter dans un emballage en polystyrène. La plupart des employés de la CTA auxquels j’ai affaire sont des femmes, african-american, un peu fortes (je ne tiens pas de statistiques, mais j’ai remarqué une très nette tendance à Chicago à ce que les emplois généralement considérés comme « subalternes » soient occupés par des personnes de race noire). Il faut du coffre (et du cran) pour faire ce job. L’autre jour, le bus n’a pas voulu redémarrer (vous ai-je dit que la flotte n’était pas toute jeune ?). La chauffeure a fait ce que vous et moi aurions fait : elle est sortie du bus, a pris son cellulaire et elle a appelé la dépanneuse. Les quelques passagers que nous étions demeurant assis sagement à nos places. Puis, quand le bus suivant est arrivé (ils sont espacés de 10 minutes en moyenne), elle nous a crié de nous dépêcher pour l’attraper. Quand un jeune homme a mis un peu trop de temps à accrocher son vélo au-dessus du pare-choc avant du bus (oui, c’est prévu pour), la chauffeure du 2e bus a pesté que la « ride » serait longue (c’était le début de l’heure de pointe) et qu’il aurait mieux fait de rester sur son vélo. Par la suite, il fallait la voir à chaque arrêt gueuler littéralement aux gens (sidérés) de ne pas monter dans le bus (déjà rempli) alors qu'un autre suivait de près...

Géré par la Chicago Transit Authority (CTA), le système de transport en commun fait les fierté des Chicagoans et à raison : c’est sans doute l’un des plus développés en Amérique du Nord. Il permet de vivre sans voiture à Chicago, ce qui est assez remarquable pour une mégapole américaine. Et de plus il n’est pas cher : 2$ par trajet si vous avez une « Chicago Card » (l’équivalent de la carte Opus pour les Montréalais), vingt-cinq cents de plus si vous achetez un ticket à l’unité. Et vous pouvez vous rendre en métro jusqu’à l’aéroport. Je dis le « métro », mais ici on l’appelle le « L », abbréviation de « elevated train ». Car en effet, sur l’essentiel du réseau c’est ce qu’on appellerait, en France, un métro aérien, circulant sur des voies surélevées qui enjambent littéralement les rues. Une vision saisissante, au centre-ville, est le surgissement d’un train entre deux gratte-ciel, comme s’il flottait dans le vide. Et cela arrive souvent si vous êtes à proximité de la « Loop », une ceinture de voies ferrées qui enserre le cœur du downtown et sur laquelle se rejoignent la plupart des lignes de métro (voir le plan). Une autre charactéristique du « L » est qu’il est désespérément lent et terriblement bruyant. Tout comme le train de banlieue appelé « Metra ». J’ai remarqué que beaucoup de gens ont leurs fenêtres pratiquement collées sur les voies. Je ne sais pas comment ils font pour supporter le bruit. Par contre, à certains endroits du centre-ville, les voies sont souterraines et le « L » devient « subway ». Il y a d’ailleurs un changement qui vous oblige à descendre d’abord des escaliers pour rejoindre la rue, puis à marcher quelques mètres jusqu’à une bouche de métro. Et malgré cette sortie en pleine rue, votre correspondance reste valide!

Quelques heures ont passé depuis le précédent paragraphe et me voici dans le bus du retour (plein), où vient d’éclater devant moi une rixe entre deux passagers, l’un, un peu éméché, sommant l’autre de descendre du bus pour régler ça dehors, le traitant de « bitch » et de « pussy » s’il ne s’exécutait pas. Après qu'il soit finalement descendu lui-même, la chauffeure (est-ce la même qu’à l’aller ? je ne sais pas) lui a refermé la porte au nez, ce qui a déclenché une vague d’approbation dans le bus. Ça aurait été le moment d’entendre la voix grave et omniprésente de « Monsieur CTA » nous rabâcher un message moralisateur : « Par courtoisie envers les autres passagers, ne posez pas vos effets personnels sur le siège à côté de vous, afin que d’autres passagers puissent s’asseoir ». Ou encore : « Il est interdit de manger, de pratiquer les jeux de hasard (!), de faire jouer de la musique, etc. etc. à bord des véhicules de la CTA ». D'ailleurs je me demande bien où ma chauffeure de tout-à-l’heure l'a dégusté, son plat à emporter. Sans blagues, je l’aime bien ce bonhomme-là : c’est le seul que je comprends 5/5 tellement il articule bien! D’après un internaute ce serait parce qu’il viendrait du Wisconsin -- État voisin réputé pour ses fromages et où les Chicagoens aisés ont leur cottage.

Ces incessants messages enregistrés sont loin d’être la seule surprise qui attend l’usager novice de la CTA. Par exemple, j’ai mis plusieurs jours à me procurer ma « carte mensuelle », simplement parce qu’elle n’est pas disponible dans les stations de métro (où vous ne pouvez transiger qu’avec des automates, une agente de sécurité étant là pour vous aider au besoin) mais seulement dans certains magasins de certaines chaînes de supermarchés comme les pharmacies Walgreens. Et quand j’ai demandé « la carte du mois de septembre », on m’a répondu que ça n’existait pas, mais que je pouvais acheter une carte valable 30 jours. C'est pratique mais ça s’avère finalement très peu avantageux financièrement. Une autre bizarrerie concerne le nom des stations. Elles sont nommées comme la rue transversale, comme c’est le cas aussi à Montréal. Le problème est que, comme certaines lignes sont parallèles entre elles (comme la Rouge et la Marron), certains noms se retrouvent deux, voire trois fois comme dans le cas des stations « Addison ». Il faut alors ajouter la couleur de la ligne au nom de la station pour éviter toute ambiguïté. J’habite donc à proximité de la station « Addison-Red ». Mais je vous laisse (si je ne vous ai pas déjà perdus!). Je ne me suis pas aperçu que j’étais le dernier passager dans le bus. Terminus, tout le monde descend!

dimanche 26 septembre 2010

Installation

Ma première carte de métro vient d’expirer à 17h30 précises. Juste le temps d’aller faire encore quelques emplettes au grand magasin Target, à quelques minutes d’autobus un peu au Nord de chez moi. Ça me donne envie de vous parler des bizarreries du transport en commun à Chicago, mais j’y reviendrai une autre fois.

Je suis encore dans cette dynamique de l’installation. Les magasins classiques (Ikéa, Target...), mais aussi les court sales (les garages sont rares dans le quartier), l'Armée du Salut, le Brown Elephant (une caverne d'Ali Baba à deux pas de chez moi), sans parler des petites annonces de Craigslist... Tout cela occupe bien mes week-ends. On peut presque parler de frénésie d’aménager cet appartement à mon goût. Sans doute parce que j’ai été frustré sur ce plan à Montréal, ne m’étant jamais vraiment approprié (en 6 ans!) ce « 5 et demi » que je n’aimais pas vraiment et que je trouvais trop grand... et surtout trop encombré dès le départ de tonnes de trucs inutiles amassés dans les logements précédents avec mon ex. J’en suis conscient et je m’efforce ici de résister à cette propension à accumuler, profitant de ce qu’une arrivée par avion m’a permis de faire table rase, de repartir à zéro. Comme me le disait mon ami D., le moment de l’acquisition est critique : une fois qu’un objet est entré « dans la cabane », c’est très dur de l’en faire sortir! Outre le fait que je sais que je ne suis ici qu’en transit (et parfois j’ai des doutes à voir comment je fais mon nid), je ne veux pas finir comme cette Américaine retraitée dont la maison a failli s’effondrer sous le poids de ses achats « en spécial » jamais déballés. Il faut dire que le cas était tellement extrême qu’Oprah lui aurait consacré deux émissions complètes! Oprah qui tire sa révérence, tout comme le maire de Chicago, l’omniprésent Richard Daley (son nom est partout jusque sur le dos des employés municipaux!), tous les deux d’ailleurs après un nombre d’années record à la barre de leurs navires respectifs. Sauf que celui de Chicago est en train, paraît-il, de sombrer dans les abysses d’un gouffre financier. Changement d’ère (d’air ?) en vue à Chicago, au moment où je m’y installe...